Personnages célèbres

Pierre Jean Mariette

Pierre-Jean Mariette, célèbre graveur, libraire à Paris, historien d’art et collectionneur d’estampes, Membre de l’Académie de Florence, ennobli sous le roi Louis XV, dignitaire de l’Ordre du Saint-Esprit, né en 1694, acquiert en 1750 à Croissy une propriété de campagne appelée "le Colifichet", au n° 2 actuel de la rue qui porte ce nom. et où il résidera une grande partie de l’année.
Après avoir vendu la librairie de son père, il se consacre exclusivement à constituer sa collection : tableaux, bronzes, terres cuites, 1400 dessins, 1500 estampes. Après sa mort en 1774, l’ensemble est dispersé aux enchères mais 1266 dessins originaux qui y figurent, acquis par la Couronne, entrent au Louvre.

Mariette a gravé quelques planches et publié divers ouvrages dont le "Traité historique des pierres gravées du Cabinet du Roi", une "Notice sur Léonard de Vinci" et le texte du "Catalogue de la vente Crozat", premier modèle de ce genre.​

Jean Chanorier

Jean Chanorier, né à Lyon en 1746, fut le dernier seigneur et le premier Maire de Croissy. Fils du receveur général des finances de la généralité d’Auch, il succède à son père en 1771. Huit ans plus tard, devenu, pour 198 160 livres, propriétaire du château de Croissy, il prête serment de fidélité au prince de Condé dont relève toujours le terre de Croissy, mouvant en fief du duc de Montmorency. Il songe de faire de son fief un terrain d’expérience pour l’agriculture. Aussi, dès qu’il est en possession de sa seigneurie et avec les moyens dont il dispose, Chanorier, qui est un adepte des théories libérales de la science économique nouvelle, va s’efforcer de les introduire et de les mettre en pratique dans son domaine.

Chanorier agriculteur :
Pour faciliter sa tâche, il fait dresser en 1781 par Phelipeau un plan terrier de la seigneurie. Pour faciliter le travail des maraîchers, il s’efforce de remplacer le système d’arrosage à main effectué à l’aide de gros arrosoirs de cuivre, les "demoiselles", par un système de puisage d’eau fonctionnant à la manivelle, pour faciliter l’irrigation des terres. Pour protéger les cultures contre les gibiers, en particulier les lapins du comte d’Artois, il obtient le droit de faire élever entre les bois du Vésinet et les terres de Croissy une enceinte continue de murailles. Pour aider à la progression d’une industrie nationale, il crée, dans les dépendances du château, une bergerie modèle et fait venir à grands frais, du Berry, à deux reprises, un troupeau d’ovins en provenance de Ségovie. Pour permettre l’élevage du ver à soie, des mûriers sont plantés dans son verger et un moulin à tisser Vaucanson installé à Croissy. Pour propager la plantation de la pomme de terre, et sa consommation comme légume, il utilise une espèce particulière que par reconnaissance pour ses efforts on appellera dans le village la "chanorière". Pour développer l’enseignement, il fait bâtir une école, à ses frais en 1788, sur un terrain faisant partie de son parc, au centre de la paroisse.

Chanorier homme politique :
Seigneur de Croissy depuis 1779, il préside l’assemblée municipale qui remplace le syndic, puis, en 1788, est désigné au sein de l’assemblée provinciale de Saint-Germain, comme député pour y représenter le tiers état. En 1789, il fait remettre à la municipalité un tambour et 120 lances; puis il donne un drapeau de couleur "blanche, bleue et rouge" avec la devise "Notre union fait notre force". En 1790, il est élu, par 51 voix sur 52 votants, premier maire de Croissy, puis commissaire de l’Assemblée primaire de la première section du canton extra-muros de Saint-Germain-en-Laye. Après son émigration en Suisse, en 1795, il est nommé répartiteur de l’impôt foncier pour la commune en 1796. Membre associé de l’Institut national pour la section des sciences physiques et mathématiques, il est nommé en 1798 président de la Société libre d’agriculture de Seine-et-Oise. En 1799, il est élu député au Conseil des Cinq-Cents. Bonaparte le nomme administrateur de la Caisse d’amortissement puis, en 1800, membre du Conseil général de Seine-et-Oise. Placé à la tête du Conseil municipal de Croissy, il sombre bientôt dans l’extravagance, puis dans la folie. Contraint d’abandonner ses hautes fonctions en 1802, il meurt en 1806, comblant de libéralités, par testament, le village de Croissy, qui peut certainement s’honorer des belles pages dont il a marqué son histoire. Cependant, il fut enterré dans la fosse commune du cimetière de Croissy et aucun monument ne fut construit pour ce grand serviteur de la commune.

​Joséphine de Beauharnais

"Bonne petite maîtresse, moi avoir vu dans la nue grand condor monter bien haut avec rose dans son bec... Toi, être Rose...Toi, bien malheureuse... Puis toi, reine... Puis grande tempête et toi mourir" aurait dit une vieille servante noire à celle qu’on appelait Yeyette, de son vrai nom Rose Marie Josèphe Tascher de la Pagerie, née aux Trois-Ilets, à la Martinique, en 1763, et qui devait devenir l’Impératrice Joséphine.

C’est en 1793 que, séparée de son mari, le Général Alexandre de Beauharnais, elle se réfugia à Croissy au n°6 bis de la Grande Rue, avec ses deux enfants: Eugène, âgé de 12 ans, mis en apprentissage chez le menuisier Jean-Baptiste Cochard et qui deviendra vice-roi d’Italie, et Hortense, âgée de 10 ans, placée en apprentissage chez Julie Blezeau, couturière du château de son ami Chanorier, Maire de Croissy; Hortense deviendra reine de Hollande et mère de l’Empereur Napoléon III.

Arrêtée le 19 avril 1794, emprisonnée comme son époux qui sera guillotiné le 23 juillet, elle est libérée le 6 août.

C’est en 1799 que celle que Bonaparte préférait appeler Joséphine fit, grâce à Chanorier, l’acquisition du domaine de la Malmaison qu’elle pouvait voir de Croissy, où elle vivra les heures de gloire et de bonheur du Consulat, puis la grandeur et l’éblouissement de la période impériale, avant le divorce et la mort en 1814.

Le marquis d'Aligre

Le dernier Marquis d’Aligre, Etienne-Jean-François, né en 1770, est le neveu de Bauldry de Marigny, propriétaire de la maison du n° 6 bis Grande Rue à Croissy où demeura Joséphine. Désigné en 1803 comme Conseiller Général de la Seine, puis un an plus tard chambellan de la Princesse Caroline, reine de Naples. Il décide de fixer sa résidence de campagne à Croissy et, en 1803, achète le "Colifichet de Croissy" qu’il agrandit et reconstruit pour en faire sa résidence préférée. Il acquiert à Chatou et à Croissy de nombreuses terres et maisons, construit le "Pavillon Henri IV", avenue des Tilleuls.

Nommé Maire de Croissy par le Préfet de Seine-et-Oise, en 1813, il démissionne peu après. Nommé membre de la Chambre des Pairs, puis Marquis pair héréditaire, membre du Conseil des Prisons, fondateur de la Société pour l’amélioration des prisons, il fait, avec son épouse, des fondations nombreuses et importantes, à Chartres, Luzy, Château-Chinon, Bourbon-Lancy.

Conseiller Municipal de Croissy de 1831 à 1840, il fait attribution à la commune, en 1843, d’un terrain lui appartenant pour l’agrandissement du cimetière. Lorsqu’il meurt, en 1847, parmi ses legs, la commune de Croissy se voit attribuer 143 045 F destinés à la fondation d’un hôpital ou d’une maison de charité, mais la commune utilisera cette somme, en 1852, après de nombreuses transactions, étant donné le nombre très limité d’indigents, pour construire une école, laïque côté garçons, confessionnelle côté filles, face à la place qui porte le nom d’Aligre.

​Paul de Barras

Le vicomte Paul de Barras, homme politique, né en 1755, est issu d’une vieille famille de haute Provence. Il fit, comme officier, la campagne des Indes, puis quitta l’armée. Député du Var à la Convention, envoyé comme représentant en mission à l’armée d’Italie, il organisa l’administration du département des Alpes-Maritimes, prit part au siège de Toulon et dirigea avec Fréron la répression cruelle qui suivit. On l’accusa, sans pouvoir le prouver, de s’être enrichi des biens de ses victimes. Rappelé à Paris et craignant pour sa vie, il fut, avec Tallien et Fouché, l’homme du 9 Thermidor, entraînant quelques éléments de la garde nationale à l’Hôtel de Ville, et s’emparant de Robespierre et des siens. Commandant en chef de l’armée de l’Intérieur au 13 Vendémiaire an IV (3 octobre 1795), il réprima, avec Bonaparte qu’il avait pris pour adjoint, l’insurrection royaliste contre la Convention. Élu Directeur à l’entrée en vigueur de la Constitution de l’an III, habitant à Croissy de 1794 à 1796, il fit épouser à Bonaparte son amie Joséphine de Beauharnais, dont il pourvoyait à ses dépenses et lui confia le commandement de l’armée d’Italie; il décida le coup d’État du 18 Fructidor (4 septembre 1797), dirigé contre les Conseils royalistes. Principal personnage de l’État, il s’entoura d’un luxe tapageur et d’une société de femmes faciles, où brillaient Mme Tallien et Joséphine de Beauharnais. Au 18 Brumaire, il dut démissionner et se retira dans sa terre de Grosbois, puis à Bruxelles; Napoléon l’exila à Rome en 1810, puis le fit interner à Montpellier. Bien que régicide, il ne fut pas inquiété par la Restauration. Il a laissé des "Mémoires" très instructifs sur la vie politique et mondaine sous le Directoire.

​Girod de l'Ain

Le Baron, Général de Brigade, Félix Girod de l’Ain, né en 1789, fut propriétaire du château de Croissy de 1824 à 1836 où il développa l’élevage du mouton mérinos, obtenant de nombreuses médailles, notamment pour le lavage de la laine, et écrivit un "Traité sur la laine et les moutons".

Élève de l’École Spéciale Militaire de Fontainebleau, Baron d’Empire en 1809, décoré de la Légion d’Honneur en 1812, il fut un jeune héros des guerres du premier Empire. Chef de bataillon à 24 ans, il obtiendra le grade de Maréchal de Camp correspondant à celui de Général de Brigade. Il fut député de 1833 à 1848.

Décédé en 1874, il fut inhumé dans le cimetière de Croissy. En 1991, le Conseil Municipal de Croissy donna son nom à une rue du village.

Les comtes Duval d'Eprémesnil

Le comte Jacques Charles Georges Duval d’Éprémesnil, né en 1797, militaire de carrière, avait été élève de Saint-Amour à 16 ans. Il occupa de nombreux postes dans l’infanterie légère, participa aux campagnes d’Espagne et de Belgique, terminant sa carrière comme Chef de Bataillon au 4ème Régiment d’Infanterie Légère. Il fut Chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre de Léopold. Il fit l’acquisition du château de Croissy, de son parc et de ses dépendances, délimités par les rues actuelles: Alfred Dormeuil, du Saut de Loup, Péron et la Grande Rue, à l’exception des maisons du Vieux Croissy. Conseiller Municipal de 1843 à 1853, il fut nommé Maire provisoire en 1848 par le Préfet de Seine-et-Oise. A sa mort, en 1853, son fils Jacques Louis Raoul, comte Duval d’Éprémesnil, né en 1827, hérite de la propriété. S’intéressant passionnément aux recherches botaniques, il installe de grandes volières dans son parc et est un des fondateurs du Jardin d’Acclimatation du Bois de Boulogne, dont il fut nommé premier Secrétaire du Conseil d’Administration en 1867. En 1868, il cède à la commune une partie de son parc pour permettre le prolongement de l’actuelle rue Paul Demange, l’élargissement de la rue Péron, la création de l’actuelle avenue Carnot, et, en 1869, la création de l’avenue qui porte son nom et de la rue du Saut de Loup, à la faveur de lotissements successifs. Chevalier de l’Ordre Impérial de la Rose du Brésil et d’Isabelle la Catholique, il fut Conseiller Municipal de Croissy de 1870 à 1881, année où il mourut après avoir vendu le château de Croissy et ses dépendances à M. Auguste Dormeuil.

​Emile Augier

Émile Augier, le plus célèbre auteur dramatique de son temps, applaudi à 24 ans pour "La Ciguë", né en 1820, mourut à Croissy en 1889, après avoir vécu pendant 40 ans dans la maison bourgeoise qu’il avait fait construire au bord de la Seine, au n° 34, Quai de l’Écluse, et qui fut remplacée peu avant le seconde guerre mondiale par la maison actuelle, où une plaque perpétue son nom.

C’est à Croissy qu’il écrivit la presque totalité de son œuvre : 27 pièces de théâtre, un recueil de poésies, de nombreuses lettres et dédicaces, des discours comme celui de son entrée à l’Académie Française, à 36 ans.

Oncle de Paul Déroulède et ami d’Eugène Labiche, ami et conseiller libéral de Napoléon III, Conseiller Municipal de Croissy de 1870 à 1874, il participa financièrement à la création du bureau de poste. Après "Le Joueur de Flûte", pastiche néo-grec et "L’Aventurière", son théâtre comprend des comédies de mœurs: "Gabrielle", "Le Mariage d’Olympe", "Ceinture dorée", "Les Hommes pauvres", "Un beau Mariage", Maître Guérin", "Madame Caverlet", Les Fourchambault". Ses préoccupations sociales et politiques se marquent plus particulièrement dans "Le Gendre de Monsieur Poirier", son plus grand succès, "Les Effrontés", "Le Fils de Giboyer", "Lions et Renards" "La Pierre de touche", La Contagion", "Paul Forestier", "Jean de Thommeray".

Fait rare : c’est de son vivant, en 1864, que le Conseil Municipal de Croissy donna son nom à une rue du village.

​Paul Déroulède

Paul Déroulède, écrivain et homme politique, né en 1846, habita à Croissy, au n° 30 du Quai de l’Écluse. Il était, par sa mère, le neveu d’Émile Augier.

Il prit part à la guerre de 1870 et à la répression de la Commune et fut l’un des fondateurs de la Ligue des Patriotes en 1882. Élu Conseiller Municipal de Croissy en 1884, il démissionna le jour de son élection.

Après avoir fait campagne en faveur du Général Boulanger, il fut élu député de la Charente en 1889, démissionna en 1892, fut réélu en 1898. Partisan de la république plébiscitaire, il tenta de renverser la république parlementaire. Arrêté, puis acquitté, impliqué dans un complot contre la sûreté de l’État, banni pour 10 ans en 1900, exilé à Saint Sébastien en Espagne, amnistié en 1905, il mourut en 1914.

Déroulède publia des poésies : "Les Chants du Soldat", puis"Les Nouveaux Chants du Soldat"," Marches et Sonneries", "Chants patriotiques", "Le Premier Grenadier de France", "La Tour d’Auvergne", "Chants du Paysan", qui en firent le porte-drapeau des idées nationalistes et revanchardes.

​Le général Cavaignac

Louis Eugène Cavaignac, général et homme politique, né en 1802, ancien élève de l’École Polytechnique, officier du Génie, fut, pour ses sentiments républicains et ses activités carbonaristes, mis quelque temps en disponibilité en 1830. Rappelé en 1832, il fut éloigné et affecté en Algérie. Il se distingua au cours de la conquête et, devenu Maréchal de Camp en 1844, commanda la subdivision de Tlemcen, puis la province d’Oran. Il était nommé gouverneur général de l’Algérie en 1848, lorsque, élu député par la Seine et le Lot, il rentra à Paris où lui fut confié le Ministère de la Guerre. Le 24 juin 1848, au plus fort de l’insurrection des ouvriers parisiens, il fut investi de véritables pouvoirs dictatoriaux et dirigea une très rude répression. Le 28, il se démit de ses pouvoirs, mais l’Assemblée Constituante le nomma chef du pouvoir exécutif. Candidat aux élections du 30 décembre pour la présidence de la république, il se refusa à prendre à l’égard du "parti de l’Ordre" les engagements que Thiers et Montalembert exigeaient de lui, notamment la promesse de la liberté de l’enseignement, et fut battu par le prince Louis-Napoléon. Le 2 décembre 1851, il fut arrêté et emprisonné durant un mois au fort de Ham. Élu au corps législatif en 1852, il refusa de prêter serment et fut déclaré démissionnaire. Il venait d’être réélu quand il mourut en 1857, après avoir passé ses dernières années à Croissy.

​Eugène Labiche

C’est en 1874, qu’Eugène Labiche, né en 1815, achète une maison à Croissy, sur les berges de la Seine, au n° 36 du Quai de l’Écluse, pour être près de son ami Émile Augier. Son fils épousa en secondes noces une nièce d’Augier et le jeune couple habita la propriété occupée un temps par Jean-Michel Jarre.

Auteur dramatique, il fut élu à l’Académie Française en 1880. Après son premier vaudeville "Monsieur de Coyllin" ou "L’Homme infiniment poli" écrit à 23 ans et son unique roman "La clef des Champs" écrit l’année suivante, il écrivit 176 pièces dont 130 avec des collaborateurs. Parmi ses comédies de mœurs et vaudevilles, citons :"Embrassons-nous, Folleville", "Un Garçon de chez Véry", "Un Chapeau de paille d’Italie" toujours au répertoire et dont René Clair fit un film avec Fernandel, "Edgar et sa bonne", "L’Affaire de la rue de Lourcine", "Le Voyage de Monsieur Perrichon", sa pièce la plus connue; "Les Vivacités du Capitaine Tic", "La Poudre aux yeux", "Célimare le Bien-Aimé", "La Cagnotte", "La Grammaire", "La Main leste", "Le Papa du prix d’honneur", Le Plus Heureux des trois", "Les Trente Millions de Gladiator", "La Cigale chez les Fourmis". Eugène Labiche mourut en 1888.

​Lucien et Sacha Guitry

Lucien Guitry, acteur, né en 1860, entré au Conservatoire en 1876, débuta en 1878, au Gymnase, dans "La Dame aux camélias". Après neuf ans passés au théâtre Michel, à Saint-Pétersbourg, il entra à l’Odéon en 1891, puis à la Renaissance en 1895. Partenaire de Réjane au Vaudeville de 1895 à 1900, il créa ensuite Flambeau dans "L’Aiglon" en 1900, resta quelques mois à la Comédie Française en 1902, et prit la direction de la Renaissance où, de 1902 à 1909, il interprète des pièces de Capus, de Bataille et de Bernstein. Signalons encore ses créations de "Chanteclair" à la Porte-Saint-Martin, en. 1910. A partir de 1919, il parut dans plusieurs pièces de son fils Sacha. A la fin de sa carrière, il donna des interprétations très personnelles du "Misanthrope" en 1922, du "Tartuffe" en 1923, de "L’École des femmes" en 1924. Il habita dans la Grande Rue à Croissy une maison donnant sur la Seine. Lucien Guitry mourut en 1925.

Son fils, Sacha Guitry, né en 1885, habita lui aussi la maison de son père à Croissy. Acteur et auteur dramatique très précoce, il fait jouer à seize ans sa première pièce, "Le Page" et débute comme acteur au théâtre de la Renaissance à dix-sept ans. Comédien de talent, auteur aussi fécond que facile, il donne et interprète durant cinquante ans d’innombrables pièces de théâtre, auxquelles leur spontanéité, leur verve, leur fantaisie assurent le succès: "Chez les Zoaques" (1906), "La Prise de Berg-op-Zoom" (1913), "Jean de la Fontaine" (1916), "Pasteur" (1919), "Mon père avait raison" (1919), "Françoise" (1932), "Le Mot de Cambronne" (1936), "Quadrille" (1937), que suivent après la seconde guerre mondiale, "Aux deux colombes" (1948),"Tu m’as sauvé la vie" (1949), "Palsambleu" (1953). Son œuvre cinématographique est importante. Dès 1912, il filma quelques hommes célèbres, familiers de son père: Rodin, Monet, Renoir, Anatole France et Lucien Guitry lui-même ("Ceux de chez nous" (1939). Après l’avènement du cinéma parlant, Sacha Guitry tourna de nombreux films, parmi lesquels: "Les Perles de la Couronne" (1937), "Remontons les Champs-Élysées" (1938), "Si Versailles m’était conté" (1953), "Napoléon" (1954). Mais son chef-d’œuvre reste "Le Roman d’un tricheur" (1935). Élu à l’Académie Goncourt en 1939, il en démissionna en 1948, à la suite de vives critiques que lui avait values son attitude pendant l’occupation allemande.

​Théophile Poilpot

Peintre de la vieille école né en 1848, passionné par les grandes fresques historiques, ("La Bataille de Balaklava") Théophile Poilpot se rend célèbre par son important "Panorama de la bataille de Reichschoffen suivi par la "Bataille de Buzenval". Pendant deux ans, il est chargé aux États-Unis de réaliser de grandes fresques du même genre. Devenu propriétaire de la vieille église de Croissy que le maire Gallo lui vend en 1896 pour un prix de 3 000 F, puis du prieuré en 1897 et du vicariat la même année, il y séjournera jusqu’à sa mort en 1915 et sera inhumé au cimetière de Croissy. Il est représenté aux musées d’Orléans et de Saint-Malo.

Albert Robida

Dessinateur (plus de 60 000 dessins, des cartes postales, des affiches), graveur et écrivain (233 livres de tous formats écrits par lui ou seulement illustrés), collaboration à plus de 80 journaux ou périodiques), né en 1848, Albert Robida débuta en 1866 au Journal amusant. En 1869 paraît dans le Polichinelleune série de dessins d’un conflit armé imaginaire où il préfigure déjà ce qu’il représentera dans la "Guerre au vingtième siècle"parue dans la Caricature en 1883. En 1871, il entra à la Vie parisienne, dont il ne cessa d’être un des principaux collaborateurs. Après un séjour à Vienne en 1873, où il était attaché au journal satirique Der Floh (La Puce), il revint à Paris et, reprenant le titre de Philipon, y fonda La Caricature dont il fut le rédacteur en chef jusqu’en 1892 . Il a publié des livres sur les villes anciennes d’Italie, de Suisse et d’Espagne, ainsi que "Les Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul (1879), curieuses anticipations où il pastiche "Le Tour du Monde en 80 jours" de Jules Verne), "Le Voyage de M. Dumollet"(1883), Ses illustrations pour les "Oeuvres de Rabelais" sont de 1886. A l’exposition de 1900, il réalise le quartier du "Vieux Paris", sur les bords de la Seine entre le Pont de l’Alma et la passerelle Debilly. Il dessine tous les bâtiments, les costumes, les meubles et les enseignes : ce fut le seul ensemble prêt le jour de l’inauguration. La Première Guerre mondiale lui inspira "Les villes martyres". Son œuvre continuera jusqu'à sa mort et il y mêlera humour, romans d’anticipation, voyages, romans pour enfants et illustrations. Il mourut en 1926 et fut inhumé au cimetière de Croissy.

​Les Dormeuil

Les Dormeuil étaient drapiers et originaires du Nord. Ils habitèrent à Croissy dès le milieu du XIXéme siècle et y demeurèrent jusqu’à la mort de Madame Jules Dormeuil en 1968.

Monsieur Auguste Dormeuil fut propriétaire du château de Croissy jusqu’en 1936, date de l’expropriation par la commune du vieux château et des terrains attenant, soit 2O 22O mètres carrés. En 1884, MM. André Dormeuil, Conseiller Municipal de 1892 à 1919, et Auguste Dormeuil, Conseiller Municipal en 1884-1885, participèrent par leurs dons à la création du bureau de poste et du télégraphe à Croissy.

​Les frères Tissandier

Albert Tissandier, né en 1839, architecte amateur et dessinateur de grand talent, fut le premier paysagiste aérien. Son frère Gaston, né en 1843, chimiste, fut un écrivain aéronautique qui s’orienta vers l’application des ballons aux observations météorologiques.

Après un premier voyage aérien à Calais en 1868, ils publient en 1869 "Les Voyages aériens".

En 1870, le 30 septembre, pendant le siège de Paris par les Prussiens, Gaston quitte Paris avec 80 kg de courrier dans le ballon "le Céleste" et atterrit à Dreux.

Le 14 octobre, Albert, dans le ballon "le Jean Bart I", emporte 400 kg de courrier de Paris à Tours.

De novembre 1870 à janvier 1971, les frères Tissandier furent chargés de la direction des opérations techniques pour l’observation aérienne, à la disposition des armées de la Loire.
En 1873, Gaston fonda "La Nature", revue scientifique hebdomadaire. En 1875, dans "le Zénith", il atteignit l’altitude de 8000 m, mais ses deux compagnons moururent gelés.
En 1883, ils s’envolèrent à Auteuil à bord du premier aérostat dirigeable électrique au propulseur à deux palettes hélicoïdales alimenté par une batterie de piles au bichromate de potasse qu’ils avaient mis au point. Ils opérèrent leur descente dans la plaine des Gabillons, près du pont de Bougival, 75 minutes après leur départ.

De 1887 à 1890, Gaston écrivit "l’Histoire des ballons et des aéronautes célèbres". Il mourut en 1899 et son frère en 1906.

Le fils de Gaston, Paul Tissandier qui demeurait à Croissy au n°4 avenue d’Éprémesnil, fut un grand pionnier de l’aviation française, ainsi qu’un de ses fils.

​Adolphe Kegresse

Adolphe Kégresse, né en 1879, vécut à Croissy de 1929 à sa mort en 1943. A 20 ans, il invente l’ancêtre de la motocyclette. A 25 ans, il fonde le premier garage impérial du tsar Nicolas II. De 1909 à 1917, il met au point pour le tsar les premières autochenilles. L’armée russe fut ainsi la seule à posséder en 1914 des engins à chenilles.

Rentré en France, à partir de 1919, en liaison avec Citroën, Kégresse adapte ce propulseur aux déplacements sur la neige, en terrain sablonneux; ses succès variés permettent les applications militaires, civiles, à l’agriculture, aux travaux forestiers, au tourisme. Dès 1920, André Citroën adopte le procédé Kégresse pour réaliser avec des autochenilles trois célèbres expéditions : la première traversée du Sahara en 1922, la Croisière Noire de l’Algérie à Madagascar en 1925 et la Croisière Jaune de la Méditerranée à Pékin en 1932.

En 1935, Kégresse transforme en atelier les dépendances de son habitation de Croissy, au n° 2 de l’avenue du Colifichet et met au point une boîte de vitesses automatique pour automobile. En 1939, il entreprend la construction d’un engin antichars guidé à distance, propulsé électriquement et relié à l’opérateur par câble, et l’essaie dans le parc du Colifichet. Le début du conflit ne permettra pas la réalisation en série de cette chenillette.

En 1943, alors qu’il peaufine les réglages d’un moteur à vapeur à quatre cylindres, il meurt brutalement.

Hormis les inventions dont nous avons parlé, Kégresse déposa environ 200 brevets concernant divers organes de la voiture et qui sont encore appliqués aujourd’hui.